1er août à Gruyères
Je ne pouvais rêver d’un meilleur décor pour m’adresser à vous en ce jour de Fête nationale. L’esprit souffle en ce lieu immémorial et la grande histoire se mêle aux contes et aux légendes médiévales. La grue, cet oiseau migrateur fantastique qui orne l’écu de la Maison de Gruyères depuis 1221, flotte au dessus du château comme un appel au voyage, comme une envie de remonter le temps.
Je souhaite donc remercier ici les autorités de Gruyères pour leur chaleureux accueil et leur dire le plaisir et l’honneur que c’est pour moi de participer ici à la fête nationale.
En ce premier août, toute la Suisse est parcourue du même sentiment. De Genève à St-Gall et de Bâle à Chiasso, notre pays commémore son existence et son développement au cours des siècles. Les rues de nos cités, de nos bourgs et de nos villages sont toutes pavoisées. Les couleurs des cantons et des communes claquent dans le vent aux côtés du drapeau rouge à croix blanche de la Confédération helvétique.
En ce jour de fête, la Suisse ressemble plus que jamais à une mosaïque. Elle constitue un assemblage de paysages époustouflants, parmi lesquels ceux qui nous entourent aujourd’hui.
Pourquoi la Suisse existe-t-elle?
La Suisse ressemble à un tapis fait main que chaque génération remettrait sur le métier pour en rafraîchir les couleurs. Les fils de l’histoire de chaque canton sont si soigneusement noués qu’ils recouvrent complètement la trame fédérale.
On peut suivre dans les motifs de ce tapis les circonstances et les événements qui ont amené des régions que tout séparait à unir leur destin. On voit aussi que la Suisse moderne a failli ne pas voir le jour à cause de heurts religieux du Sonderbund. Mais ce tapis aux dessins si minutieux ne dit rien encore sur la raison d’être de notre petit Etat.
Je suis allé chercher une réponse au Musée national de Zurich. Depuis hier, il raconte à travers une nouvelle exposition permanente, comment la Suisse est devenue ce qu’elle. En fait, personne n’a jamais été là depuis toujours et il n’existe pas de Suisse de souche, selon le regard porté par les historiens.
Voilà une réponse qui a de quoi décontenancer. L’histoire de la Confédération serait donc d’abord celle de l’occupation de notre petit territoire, celle des migrations, du développement économique et de la concordance politique, à partir de l’Etat fédéral?
Les recherches autour de ce très beau projet muséologique attestent que la Suisse est devenue riche à l’étranger, grâce aux exportations et aussi aux mercenaires. Voilà qui résonne fortement avec la situation actuelle de notre pays. Voilà aussi qui éclaire d’un jour nouveau les efforts actuels de notre pays pour assurer le retour de la confiance dans sa place financière et pour conserver intacte sa capacité à produire et à exporter.
L’exposition du Musée national fait aussi écho aussi à la crise économique actuelle et au rôle que notre pays doit jouer dans l’amélioration de la gouvernance des flux financiers.
Mais alors, que fêtons-nous au juste en ce premier août 2009?
«Ensemble on est plus fort». Le Pacte fédéral de 1291 parle de résistance face à l’occupant et de la nécessité de se liguer face à la convoitise de puissances étrangères. Trois communautés, Uri, Schwytz et Unterwald y promettent de se porter assistance en cas d’attaques. Pour beaucoup, cette alliance sacrée est au cœur de la fête d’aujourd’hui. La tradition populaire place d’ailleurs ce serment sur la prairie du Grütli.
Le pacte de 1291 est plus qu’un pacte de non agression et un acte de repli sur soi.
En signant cette alliance perpétuelle, les régions forestières situées au cœur de la Suisse actuelle ont décidé de surmonter leurs peurs de l’autre et de parier sur le soutien mutuel. Les trois cantons fondateurs ont osé regarder plus loin que leurs montagne et miser sur l’avenir. Ils ont parié sur la paix et sur un destin commun.
Ils ont pris le risque de la confiance. Ils ont esquissé une nouvelle façon de vivre ensemble: en respectant l’autre dans sa différence et en partageant le même destin.
Voilà donc le pourquoi de la Suisse. Le Pacte fédéral annonce bien la constitution de 1848 et les institutions qui confèrent à chaque citoyen une parcelle de la responsabilité et du pouvoir communs. Il annonce un Etat solidaire, basé sur le libre arbitre et le respect des minorités.
La Suisse est un défi permanent
Le Pacte fédéral préfigure ainsi la Suisse d’aujourd’hui. Une Suisse qui cherche à trouver des réponses régionales, voire locales, à une société globalisée.
Les institutions ne sont pas des mécaniques abstraites et aveugles. Ce sont d’abord des gens.
Nous sommes là, Mesdames et Messieurs ! Et c’est parce que nous sommes là que le pays existe !
Un pays n’existe qu’à travers ses habitants. Des gens de multiples origines, langues et horizons culturels; qui ont des visions du monde différentes; des gens qui ont toutes sorte de rêves et d’aspirations qu’ils veulent réaliser ici ou ailleurs dans le monde.
La Suisse n’est pas seulement une communauté d’intérêt et son existence n’est pas seulement utilitaire. La Suisse est d’abord un projet de vie ensemble. Et pour qu’elle existe en plénitude, chacun de ses habitants doit être reconnu dans sa culture, sa langue, sa religion. Oui, la Suisse est un défi permanent.
La Suisse doit avoir du courage
Notre diplomatie doit trouver sa voie entre les échanges commerciaux et ses missions de bons offices. Dépositaire des Conventions de Genève, elle doit oser une parole forte pour la défense des droits humains tout en entretenant des rapports de confiance favorisant les échanges commerciaux. Elle doit coopérer au développement de régions du monde défavorisées tout en forgeant son destin au sein de l’Europe et dans le concert des nations. Elle doit toujours trouver l’équilibre entre le développement à long terme et le bien-être des habitants à moyen et court terme. C’est dans ce sens qu’il faut par exemple aborder, avec prudence, l’ouverture des marchés pour les produits agricoles. Attention à assurer chaque pas, à toujours pouvoir mesurer les conséquences des décisions qu’il faut prendre et de toujours pouvoir les corriger si cela ne va pas dans le sens souhaité.
La Suisse doit constamment se réinventer dans un environnement politique et institutionnel européen. Il s’agit, sans passion particulière, de repenser notre place en Europe. Notre pays est situé au cœur géographique de l’Europe, il regroupe les plus importantes langues européennes, il est cité comme modèle du fédéralisme ayant inspiré Jean Monnet ou Denis de Rougemont. Il ne se fait pas de politique de transport européen sans la Suisse, notre pays exporte la plupart de ses produits dans les pays voisins et la Suisse compte la plus importante communauté française hors de France. Par exemple.
Mais il s’agit aussi et surtout, actuellement, de faire face aux difficultés que nous connaissons dans le pays. Nous avons toutes et tous assistés, presque impuissants, à la débâcle des marchés financiers et des établissements bancaires dans le monde entier. Nous avons tous vu comment, au moment de payer les pots cassés, c’est toujours vers l’Etat et donc vers les citoyennes et les citoyens que l’on se tourne. Nous avons tous vu les conséquences de cette situation sur les emplois, sur les familles, sur les entreprises.
Les conséquences d’une crise globale sont toujours régionales et locales. Il faut maintenant du courage pour préparer l’avenir. Apprendre des erreurs passées, ne serait-ce que pour ne pas recommettre les mêmes !
La Suisse doit être visionnaire
On peut retenir le Pacte fédéral comme étant la première pierre de notre vie communautaire, mais il faut en même temps accepter que l’ouvrage ne soit jamais achevé. La Suisse doit se montrer visionnaire, tournée vers l’avenir, anticiper son développement dans un environnement qui change vite. C’est ainsi qu’elle parviendra à renforcer ses spécificités tout en apportant des réponses aux enjeux internationaux en particulier dans le domaine de l’économie.
Meine Damen und Herren,
Die Vielfältigkeit der Schweiz ist ein Reichtum. Die Regionen müssen Originalität und Unverwechselbarkeit bewahren, um sich von konkurrienden Wirtschaftsstandorten abzuheben. Der Wettbewerb mit anderen Standorten soll Motor für innovative Entwicklungsschritte sein.
So finde ich es richtig, Probleme möglichst nahe der Lebenswelt der Betroffenen zu lösen. Die heutige Krise stellt eine Bewährungsprobe für die Vitalität der Standort Schweiz. Die Herausforderung besteht darin, intelligente Lösungen im Verbund zu finden und die notwendigen eigenen Gestaltungsräume zu wahren.
In diesem Sinne unterstütze ich die Intuition von grenzüberschreitenden Wirtschaftsräumen wie Jura, Basel-Land und Basel-Stadt, Bern mit den anderen französischen sprechenden Kantonen oder Zurich mit Ost-Schweiz. Überregionalen Verkehrsströme und Bündelung von politischen Interessen nach vielseitiger Kooperation gehen in die gleiche Richtung. Das ist auch im Sinne des ursprünglichen Paktes von 1291 einer grösseren Zusammenarbeit.
In diesem Sinne verstehe ich die Aussage des Harvard’s Wirtschaftsprofessores Michael Porter: „die nachhaltige Wetbewerbsvorteile einer globalen Wirtschaft liegen paradoxerweise zunehmend in lokalen Gegenbenheiten, mit denen weiter entfernte Rivalen nicht mithalten können.“ An diesem 1. August Abend wünsche ich mir vom Herzen, dass er recht hat.
Mesdames et Messieurs,
Vivre dans une commune, un canton et un pays, c’est accepter de faire des choix collectifs, des choix pour la collectivité.
Ces choix sont parfois difficiles à faire en toute indépendance, tant la force des groupes de pression et des lobbies est impressionnante. Après six années au Conseil des Etats, j’ai acquis la conviction profonde qu’il faut tout faire, même si c’est difficile, pour conserver intacte l’indépendance devant les choix. Et ce qui vaut pour chaque citoyen devant son bulletin de vote doit valoir exactement la même chose pour chaque citoyen qui a reçu le mandat de représenter son canton et sa population à Berne.
Je vous ai dit mon plaisir à vous adresser quelques mots à l’occasion de cette fête du premier août. Je conclus avec un message d’espoir et de confiance.
L’espoir d’abord, d’une société qui prenne garde à chacun de ses membres et qui donne à chacune et à chacun les conditions qui permettent de croire en l’avenir.
La confiance ensuite dans notre capacité à dépasser nos peurs, à rester indifférent à la démagogie et à développer encore notre indépendance pour choisir librement le chemin vers notre avenir commun.
C’est ici, Mesdames et Messieurs, dans notre jardin, que poussent les germes de notre engagement à faire la Suisse d’aujourd’hui et de demain.
Que la fête soit belle. Bonne fête nationale à toutes et à tous.
Vive Gruyères et vive la Suisse !
décembre 20th, 2009 à 11:35
“Nous avons tous vu comment, au moment de payer les pots cassés, c’est toujours vers l’Etat et donc vers les citoyennes et les citoyens que l’on se tourne. ”
Monsieur Berset, que pensez-vous de cet article du Matin ?
Ne pensez-vous en outre pas qu’il serait temps d’arrêter de comparer l’aide apportée aux banques à une aide que l’Etat aurait pu apporter aux assurances sociales ? et mettre un terme définitif à cette initiative populaire basée sur une mauvaise appréciation de la situation ? http://www.admin.ch/ch/f/pore/vi/vis373.html
“Le citoyen se croit pigeonné
Les modalités de l’aide apportée aux banques sont très variables: certaines ont reçu un simple prêt, d’autres ont vu l’Etat entrer dans leur capital. Difficile donc de recenser exactement ce que chacune a rapporté aux citoyens américains, mais quelques exemples précis permettent d’illustrer le phénomène. Quand Goldman Sachs a rendu ses 10 milliards, les Etats-Unis ont fait un bénéfice de 1 milliard de dollars dans l’opération et ont en plus encaissé 318 millions d’intérêts. Avec Bank of America, les intérêts et autres profits réalisés par le gouvernement se sont montés à 2,1 milliards de dollars. Bref, le contribuable fait, en règle générale, des affaires grâce aux banques. Pourquoi est-il alors convaincu d’être pigeonné?
«Ce sentiment est de plus en plus faux, confirme Stéphane Garelli. C’est vrai que si les Etats n’étaient pas venus à leur secours, certaines banques auraient fait faillite. Mais cela ne signifie pas qu’elles ont reçu de l’argent sans contrepartie. Les gens n’ont pas bien compris qu’il s’agissait le plus souvent de prêts, qu’elles remboursent et sur lesquels elles paient des intérêts, comme tout le monde.» Beat Kappeler, économiste, arrive aux mêmes conclusions: «Le contribuable n’a pas souffert de ces prêts.»”
“Des bénéfices pour les Suisses
Une fois n’est pas coutume, la Suisse a fait comme tout le monde dans cette histoire: on se souvient que la Confédération avait souscrit un emprunt de 6 milliards de francs, convertible en actions, pour apporter à UBS le cash nécessaire à sa survie. Elle a revendu sa participation 7,2 milliards de francs le 20 août dernier, réalisant au passage un gain de 1,2 milliard. Loin d’avoir dû passer à la caisse, le contribuable a fait un placement qui lui a rapporté 30% sur huit mois. Qui dit mieux?
Si la Suisse, avec une seule banque concernée, a définitivement résolu la question depuis cet été, aux Etats-Unis, rembourser l’aide fédérale, c’est le grand trend du moment: Bank of America l’a fait le 9 décembre pour les 45 milliards obtenus par le programme de soutien TARP (Troubled Asset Relief Program), le 15 décembre c’est Wells Fargo qui annonçait être sur le point de payer ses 25 milliards de dollars - et le 17, Citigroup tentait, sans y parvenir, le même effort. Même si elles sont très médiatisées, ces grandes manoeuvres réalisées dans le but de se débarrasser de l’argent public ne sont de loin pas les premières: en juin déjà, Morgan Stanley a résolu le problème pour les 10 milliards de dollars obtenus, suivi de JPMorgan Chase pour ses 25 milliards, comme de Goldman Sachs (10 milliards) et de Bank of New York Mellon (3 milliards).”
mai 16th, 2010 à 10:34
Que pensez-vous également du dernier communiqué de presse de la BNS ?
Bénéfice de 0.9 miliard et le prêt de la BNS a diminué à 17.7 milliards de USD…. (plutôt encourageant, non ? )
Seriez-vous en outre prêt à utiliser dorénavant, par transparence, ce montant de 17.7 milliards dans vos discours publics en lieu et place du montant phantasmé de 60 milliards (54 milliards de USD) ?
“Le fonds de stabilisation maintient le cap
Au cours de la période considérée, des placements ont été vendus pour 1,1 milliard de dollars des Etats-Unis, et le prêt de la BNS au fonds de stabilisation a diminué de 2,6 milliards pour s’établir à 17,7 milliards de dollars.
Le fonds de stabilisation a bénéficié, au premier trimestre 2010, d’une amélioration de l’environnement des marchés. Il a dégagé un bénéfice trimestriel de 1 326 millions de dollars des Etats-Unis. Grâce à ce résultat, la garantie secondaire contre les pertes n’est actuellement plus nécessaire; elle revêt la forme d’une option conditionnelle d’achat (warrant) sur 100 millions d’actions UBS à la valeur nominale de 0,10 franc chacune, si le
prêt n’est pas remboursé intégralement. C’est pourquoi la part du warrant activée en vue de couvrir les pertes jusqu’à fin 2009 (482 millions de francs) a été amortie au premier trimestre 2010 par le compte de résultat.
La contribution du fonds de stabilisation au bénéfice consolidé s’est ainsi inscrite à 921 millions de francs. Elle correspond au capital du fonds de stabilisation et sert de garantie primaire pour couvrir des pertes futures.”
Source: http://www.snb.ch/fr/mmr/reference/pre_20100514/source/pre_20100514.fr.pdf