La géométrie n’est pas tout
Il s’est produit vendredi dernier un événement particulier, un événement qui interpelle, un événement qui doit sonner comme un avertissement pour la cohésion nationale. Je ne parle pas de la démission du conseiller fédéral Pascal Couchepin, car après tout la communication de ce départ n’était pas une surprise et elle fait partie de l’ordre des choses. Je pense plutôt aux arguments présentés par la formation politique de M. Couchepin pour revendiquer un siège romand au Conseil fédéral.
Il ne m’appartient pas ici de commenter les aspirations des uns et des autres. On peut bien sûr invoquer la légitimité des élections fédérales d’un côté ou la forces des groupes parlementaires découlant de ces élections fédérales de l’autre. Il convient aussi de se souvenir que c’est l’Assemblée fédérale qui aura pour tâche d’élire un nouveau membre du Conseil fédéral en septembre prochain, en respectant les équilibres – politiques, linguistiques, régionaux – prescrits par la Constitution fédérale et en cherchant à compléter l’équipe gouvernementale dans l’intérêt de la conduite des affaires du pays.
Ce débat est légitime, il doit être mené et il peut l’être le mieux par les formations politiques qui revendiquent le droit de placer un des leurs sur ce siège. Mais ce n’est pas de cela dont il est question ici.
Dans une communication effectuée vendredi dernier, le troisième parti de Suisse s’est appuyé sur ses scores électoraux en Suisse romande pour revendiquer un siège « romand », ouvrant un débat délicat sur notre identité nationale. En soulignant l’évolution différenciée des partis politiques entre la Suisse romande et la Suisse alémanique et en en faisant un critère régional pour les élections au Conseil fédéral, cette prise de position pourrait conduire à une nouvelle lecture de la cohésion nationale. Comme président du Conseil des Etats, le Conseil qui garantit la représentation de l’ensemble des cantons et des régions au Parlement, je me sens concerné par cette évolution.
La Suisse est-elle un pays nourri de sa diversité, ou est-elle l’assemblage de plusieurs régions, langues et cultures hermétiques les unes pour les autres, soulignées encore par des espaces médiatiques et politiques juxtaposés plutôt qu’intégrés ?
La Suisse vit et se nourrit de la cohésion entre les différentes parties linguistiques, culturelles, régionales ou même religieuses du pays. Les observateurs étrangers se demandent souvent comment expliquer le développement d’un pays comme la Suisse, comment expliquer que notre pays n’ait pas volé en éclat aux moments de forte tension portés par l’histoire du continent.
L’explication est simple et tient en quelques mots. La cohésion nationale se nourrit du dialogue et de la compréhension mutuelle, des échanges entre les régions linguistiques et culturelles du pays. La cohésion nationale se nourrit de l’idée qu’un conseiller fédéral, même si il provient d’une région, est plus qu’un représentant d’une région linguistique, culturelle ou d’un canton. Un conseiller fédéral incarne l’intégration de toutes les régions et spécificités du pays.
Dans un tel contexte, il me parait néfaste de remplacer une légitimité nationale par une réflexion purement linguistique, et inadéquat de l’utiliser pour ouvrir le débat sur tel ou tel candidat. Cela donne le sentiment que les différentes parties du pays co-existent plus qu’elles ne vivent ensemble.
Ce débat, et les traits emportés qu’il a pris ces derniers jours, rappelle le cas de la Belgique, composée d’entités linguistiques et régionales qui se définissent de plus en plus par leur rejet des autres. Il rappelle aussi le débat que le canton de Fribourg a connu en 2002 lors des débats sur la nouvelle constitution cantonale. Il avait fallu à l’époque tout le tact du président de l’assemblée et des chefs des groupes parlementaires pour faire passer la cohésion cantonale avant les luttes internes, souvent contre-productives et négatives pour le canton. Ces discussions avaient fini par réunir toutes les parties autour de la cohésion cantonale, avec une approche pragmatique et respectueuse des différences culturelles et des questions linguistiques. Depuis, fort heureusement, ce n’est plus une source d’affrontements à Fribourg.
« Les diverses régions et les communautés linguistiques doivent être équitablement représentées au Conseil fédéral », dit la Constitution fédérale. Tout l’enjeu pour l’avenir est d’y réussir sans cloisonner les régions et sans les opposer les unes aux autres. Tout l’enjeu de ces prochaines semaines consiste à intégrer les identités culturelles et régionales dans le gouvernement fédéral, et ne pas céder aux sirènes du repli identitaire.
Ca n’intéresse personne de savoir lequel de nos politiciens a les COMPÉTENCES requises pour reprendre le département de M. Couchepin, avant même de parler de la couleur de sa peau, de son origine, de son âge, de sa langue maternelle? Qui va enfin maitriser les coûts galopants de la santé? Il faudra être encore plus charismatique et entêté que M. Couchepin … dont le bilan à ce sujet est très très maigre. Aucun des candidats ne s’est exprimé sur le sujet. Cela demanderait d’étudier la question en profondeur … et de sortir des rhétoriques politiciennes! Balivernes, les stratégies politiques sont au-dessus de cela … ils demanderont à des « experts » le moment venu!