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    Crise bancaire, nécessité d’action politique?

    La situation extrêmement périlleuse des plus grandes banques suisses actuellement, en raison de leur exposition importante à des risques incontrôlés et incontrôlables, nécessite une réaction appropriée. Voici quelques-une des propositions que j’ai formulées pour lancer la réflexion.

    Nous avons pris note de la réaction des banques elles-mêmes, qui sont entrées dans un processus très violent d’amortissements (38 milliards de francs pour la seule l’UBS à ce jour) et de recapitalisation (26 milliards de francs pour l’UBS à ce jour). Plusieurs grandes banques suisses sont concernées. Le manque de réaction des autorités politiques, Conseil fédéral en tête, et des autres partis politiques est inquiétant.

    Le constat
    La crise des subprimes a généré l’une des plus graves crises bancaires que notre pays ait connu. Pourtant, le secteur bancaire représente en Suisse des dizaines de milliers d’emplois et constitue un pilier central de toute l’économie nationale. Personne n’est en mesure aujourd’hui de garantir que c’est terminé.
    Les mécanismes de surveillance interne et externe se sont révélés inefficaces et n’ont pas permis de prendre à temps mesure de la situation. La construction de produits de plus en plus complexes a réduit fortement la transparence sur le marché.
    Les incitations qui existent actuellement dans les banques, notamment au travers des systèmes de rémunération, poussent à la recherche de gains maximaux à court terme et poussent donc à des prises de risques importantes.
    Il s’agit avant tout protéger les emplois et l’économie nationale.

    Les propositions
    La crise actuelle a mis à jour des manques dans les systèmes de régulation ou dans leur fonctionnement concret. Le rôle de la politique est de faire en sorte que les règles du jeu soient claires et qu’elles soient appliquées. Le rôle de la politique est aussi de tenir compte des évolutions en cours, notamment sur les marchés financiers, de se reposer régulièrement la question de la nécessité d’adapter les systèmes de régulation.
    Quelques mesures simples apparaissent aujourd’hui comme nécessaires. Il ne s’agit pas de réinventer la roue, mais de voir, à court et moyen terme, ce qui devrait être entrepris sur le plan politique. Il ne s’agit pas de se substituer aux autres acteurs du système, mais de faire en sorte que l’Etat, en tant qu’acteur propre, joue son rôle normalement.

    1. Augmenter les exigences de fonds propres. Concrètement: augmenter fortement les exigences de fonds propres, en prévoyant par exemple une augmentation de 20% à 100% des exigences de Bâle II en fonction des domaines d’action et des produits financiers.

    2. Séparer les banques d’investissement des autres activités bancaires. Concrètement: modifier la loi sur les banques pour exclure les activités « investment banking » de banques qui offrent du crédit ou de la gestion de fortune. Alternativement, envisager des solutions pour séprer matériellement les domaines d’activités, sans forcément en faire une exigence formelle.

    3. Renforcer la surveillance de la commission fédérale des banques (future FINMA). Concrètement: évaluer le système dualiste sous l’angle de l’efficacité, de la transparence et de l’indépendance. Renforcer nettement la commission fédérale des banques et la rendre plus attractive face aux emplois existant dans le domaine bancaire

    4. Rôle de la Banque nationale suisse. Concrètement: étudier le rôle de la BNS en lien avec les évolutions récentes des marchés financiers, l’évolution ultra-rapide des produits financiers et la crise des subprimes.

    5. Fausses incitations dans les systèmes de rémunération. Concrètement: augmenter le pouvoir des actionnaires dans le domaine de la rémunération (réalisable dans le cadre des délibérations sur le projet 08.011 du Conseil fédéral).

    7 réponses à “Crise bancaire, nécessité d’action politique?”

    1. Tiouk dit :

      Bon, je sais, je ne devrais pas réagir sur ce point:

      « et la [la CFB] rendre plus attractive face aux emplois existant dans le domaine bancaire » (cf. ch. 3)

      mais je ne partage pas cette rengaine du … « les personnes qui acceptent de travailler pour le service public (au vu de leur salaire) sont forcément médiocres par rapport à celles qui touchent des millions dans le secteur privé / bah oui, sinon elles y travailleraient »….

      Vous seriez étonné, mais j’ai croisé dans ma vie de (très) nombreux fonctionnaires dont le travail était un choix de vie et qui – même s’ils ne sont pas millionnaires – font un travail remarquable et efficace ! :o )

      Sinon, j’aime bien également le couplet du
      - la situation est catastrophique parce que nos banques se recapitalisent (alors que précisément amha la facilité avec laquelle elles trouvent ces fonds devraient amener à plus de réserve)
      - voici la solution: augmentons les exigences légales afin qu’elles doivent encore davantage (et plus souvent) se recapitaliser…. (ce qui signifie par ailleurs enlever des investissements dans le tissu industriel suisse et international à hauteur de plusieurs dizaines de milliards, soit des pertes d’emplois (même si, bien sûr, on peut aussi imaginer que les Chinois ont tellement d’argent qu’ils l’utilisent pour lutter contre la faim dans le monde et les recapitalisations des banques suisses par pur philanthropie… ).
      :o )

    2. Vital dit :

      Je réagis aux propos de l’intervenant précédent. Il est plus simple de parler après coup, mais on voit qu’un recapitalisation forcée c’est un renforcement de nouveaux actionnaires (banques françaises et Singapour) au détriment du pilotage suisse. Quelle sera la composition du Conseil d’Administration dans 3 ans? Ou siégera-t-til? à Paris? à Singapour ? à Londres?
      Voilà la catastrophe. La perte de contrôle de la banque, pourtant vitale pour l’économie nationale.
      Vous réppondrez que Swiss vole encore, Oui, Swiss vole encore, mais les décisions se prennent à Berlin ou aillers, et plus à Zurich. voilà la perte

    3. Momo dit :

      Amusant de lire ces commentaires. Amusant de voir que Berset a écrit dans le désert au printemps, et que maintenant tout le monde dit la même chose. Rehausser les exigences de couverture pour les banques les poussera a une meilleure capitalisation (argent indisponible pour d’autres investissements, si on veut. mais il faut le mettre en balance avec l’intérêt d’une région, je ne parle meme plus de pays, de maitriser ses monstres industriels, bancaires, assureurs, etc.)
      Je garde le sentiment d’un immense gâchis. On reproche parfois à la politique de vouloir donner des leçons, mais au moins ces gens, même les plus bêtes, sont élus par le peuple et peuvent être renvoyés régulièrement à la maison. Que dire des manipulateurs qui dirigent les banques et la finance ? Ils prennent un coup sur la tête actuellement avec de l’argent qui ne leur appartient pas, et on verra ensuite les mêmes aux commandes quand ça repartira.
      Les travailleurs actifs, les petits entrepreneurs, les retraités, eux, auront perdu une partie de leur retraite. Quant aux étudiants, poil aux dents, ils feraient mieux de se choisir un travail sérieux, du solide, quelque chose qui leur permette de se nourrir à l’avenir aussi. J’ai dit.

    4. RH dit :

      Monsieur

      J’ai suivi ce soir le débat d’Infrarouge. Je partage votre point de vue concernant la « moralisation » de certaines affaires en matière bancaire. Toutefois, votre intervention appelle plusieurs remarques :

      1. S’il faut apporter plus de morale dans les affaires, il serait également bienvenu d’en introduire dans les aides sociales. Combien de personnes bénéficient d’aides sociales sans réelle justification. Je connais certaines personnes qui ne reçoivent aucune aide sociale, qui travaillent et qui tournent juste. Alors que certains touchent indûment des aides sociales sans que leur situation ne soit correctement évaluée. De plus, nous pourrions étendre le propos à la politique. Y verriez-vous un quelconque inconvénient ?Si non, les leçons de morales pourraient devenir un terrain glissant, non ?…

      2.Vos réponses sont malheureusement toujours faites de slogans creux qui n’apportent aucune proposition concrète. Je cite : « Il faut apporter une réflexion globale »… Un peu fourre-tout, non ? Je ne les ai pas comptées, mais c’est fréquent. Parlez moins mais parlez mieux…enfin concret.

      3. Sur les rémunérations dans les entreprises notamment bancaires, vous présentez un monde bancaire complètement fantasmatique. Tout le monde ne gagne pas des millions de rémunération annuelle bien au contraire. Allez consulter le site de l’OFS.

      4. Votre fameux exemple des fonds propres : pour acheter une maison il faut 20% de fonds propres, et pour une banque, il n’en faut que 5%. Cet exemple relève de l’escroquerie intellectuelle, désolé… Une entreprise n’est pas un individu. Généralement, les entreprises ont plusieurs clients, ce qui leur assurent des revenus réguliers (si possible), leur permettant d’honorer leurs dettes même si un ou plusieurs clients venaient à disparaître. Or les individus, en majorité, n’ont qu’un « client » de leur travail : leur employeur. Même si le revenu est régulier, le risque est plus important. Car si, malheureusement, les individus perdent leur emploi, ils ne retrouvent pas toujours aussi facilement un nouveau « client » (ou employeur).
      Cependant, mon raisonnement peut être faux… Dès lors, vous envisageriez l’individu comme une entreprise… Paradigme intéressant pour un élu socialiste.

      5. Pour terminer, la finance bancaire est bien plus complexe que vous la présentez. Evidemment, vous essayez de vulgariser, c’est compréhensible. Mais là, ce fut vraiment simpliste. Tellement simpliste que cela en frise la démagogie.

      En vous remerciant d’avoir pris quelques instants pour lire ces quelques lignes, recevez mes meilleures salutations.

      RH, employé de banque, électeur, votant et contribuable et à votre disposition pour philosopher sur le sujet

    5. Alain Berset dit :

      @RH
      je suis heureux de voir que le débat commence à naître dans notre pays aussi, et pas seulement en France, en Allemagne, en Italie, en Autriche, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis, et j’en passe. Cela dit, ce débat n’a été longtemps mené que par les médias, le public et… le PS. Le Conseil fédéral se tait depuis des mois et les autres partis politiques sont très très discrets aussi.

      En détail maintenant, je suis d’accord avec vos remarques sur l’aide sociale: il faut combattre les abus qui existent individuellement, et ne pas affaiblir collectivement une assurance sociale. Il est intéressant de constater qu’il a fallu à bien des endroits que la gauche prenne les choses en main pour prendre des mesures dans ce sens, alors que l’UDC, par exemple, se bornait à un discours généralisant sans exemple précis, avec pour but non pas de lutter contre des abus, mais de discréditer les assurances sociales ou pointer l’aide sociale du doigt.

      Sur le coeur de l’intervention maintenant, je pense au contraire être précis dans mes propositions et réflexions. Je propose notamment (en résumé, ce n’est pas exhaustif) de

      1. augmenter les exigences de fonds propres pour les banques et introduire un critère de fonds propre en regard de l’ensemble du bilan. Vous critiquez l’exemple que j’ai cité, qui permet cependant d’illuster le problème. Si vous pensez que les exigences de fonds propres sont aujourd’hui adaptées, vous me semblez bien seul: le Conseil fédéral, la commission fédérale des banques, divers instituts indépendants ainsi que d’éminents représentants du monde bancaire lui-même pensent la même chose;
      2. revoir et améliorer la surveillance des banques. La Finma a été créée par simple fusion d’organismes existants, il faut maintenant la renforcer et revoir les méthodes qu’elle utilise;
      3. augmenter la protection des épargnants. Les montants aujourd’hui garantis sont infimes en comparaison internationale et le montant total à disposition est très largement insuffisant;
      4. revoir les droits des actionnaires, pour leur permettre de se prononcer sur les rémunérations des plus hauts cadres des entreprises. Cela doit enrayer la dérive incroyable des dix dernières années, pendant lesquelles les salaires des top managers ont été multipliés parfois par 20 ou 50, alors que les salaires des employés « normaux » n’ont quasiment pas bougé. Les salaires dépendant trop fortement de bonus à court terme génèrent des incitations qui peuvent être dangereuses pour l’entreprise elle-même ;
      5. envisager la reséparation des activités d’investissement et des activités de crédit et de dépôt. Juste après la crise de 1929, les USA ont introduit le banking act, interdisant les banques intégrées. Cet act a été levé en 1997 pour permettre la création de Citigroup. D’autres grandes banques se sont engouffrées dans la brèche. Moins de 10 ans plus tard, les grandes banques intégrées sont au coeur de la tourmente
      6. envisager des mesures pour soutenir l’économie nationale. Il est probable que la crise financière débouche sur une crise économique réelle, avec un effet négatif sur la croissance.
      7. envisager une implication beaucoup plus forte de la Suisse dans les organes internationaux, G-10, BRI, FMI, Bâle II, etc…

      Voilà les principaux points sur lesquels je souhaiterais un débat politique et public. Ces mesures me paraissent à la fois concrètes et précises. On peut ensuite discuter de savoir à partir de quand une prestation télévisée est « simpliste » ou « démagogique ». Je constate cependant que les divergences que nous semblons avoir reposent toutes sur des questions de fond, qui sont des questions essentielles. Il faut simplement admettre qu’il est nécessaire de rendre les choses compréhensibles à une majorité de gens, pour autant que cela soit fait honnêtement et avec des arguments solides. Pour terminer, des phrases comme « tout est tellement complexe » ne permettent pas beaucoup d’avancer, même si elles sont parfois vraies.

    6. emprunt dit :

      Merci pour l’article. Toutefois, j’aimerais noter que la crise financière actuelle n’a pas pour seule explication les sub-prime mais il y a bien d’autres facteurs plus compliqués qui consiste dans quelques opérations financières qui ne sont encadré par la loi.

    7. Merci pour ces informations et félicitations pour ce site :)

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