Le président de la BNS répond aux critiques formulées dans « Changer d’Ere »
La Banque nationale suisse (BNS) a décidé de relever ses taux d’intérêt. L’objectif est de prévenir l’accélération de l’inflation. Dans l’ouvrage « Changer d’Ere », que j’ai publié il y a trois semaines avec le conseiller national Christian Levrat, nous prenions justement sous la loupe de la critique l’activité de la BNS. Pour dire en résumé que la BNS a une vision trop limitée des intérêts économiques du pays, qui ne devraient pas se limiter à la lutte contre l’inflation, mais devraient aussi privilégier le développement économique général et le développement de l’emploi. La BNS a souvent eu tendance dans le passé à diminuer ses taux d’intérêts trop lentement mais à ne pas hésiter à les augmenter assez tôt. Résultat, la BNS influence directement le coût de l’argent et influence le développement économique.
Le président de la BNS, Jean-Pierre Roth, a donné aujourd’hui pour la première fois son avis publiquement sur la question, dans une interview accordée à Forums, l’émission de la radio suisse romande.
Il a indiqué, de façon très intéressante, que la BNS essayait de « faire le mieux pour l’économie suisse » en comprenant bien que le mieux, c’est une « économie en croissance et en plein-emploi ». Le débat que nous avons initié en Suisse, et qui a également fait en même temps son apparition en France, semble avoir eu ses premiers effets concrets…
La BNS doit bien sûr conserver son indépendance (contrairement à l’analyse qu’en ont fait certains observateurs, nous ne proposons jamais dans notre livre une intervention politique dans l’action de la BNS), mais cette indépendance appelle une responsabilité accrue de la BNS envers son mandat constitutionnel. Or, on doit bien constater qu’avec un taux d’inflation de 0.8% en moyenne ces dix dernières années (un taux surévalué de l’aveu même de la BNS), nous conaissons un taux beaucoup plus faible que ce qui est considéré généralement comme optimal pour un pays comme la Suisse, entre 1% et 2%…
La BNS devrait peut-être justifier avec une attention particulière son action lorsque le taux d’inflation demeure en dessous de 1%, de même lorsqu’il dépasse 2%. C’est en tout cas une piste qui pourrait être étudiée et qui donnerait suite au débat actuel…
c’est tout a fait joli en parole. Vous dites dans votre livre que l’attitude de Fed est à prendre en exemple, mais vous ne proposer pas de solution concrete sur la manière de réaliser cela ! Mettre le doigt sur le problème ne suffit pas à le rêgler.
Cher WEF,
merci de votre message.
Nous proposons véritablement des solutions dans le livre:
Par exemple, p.87, nous indiquons que la BNS devrait se fixer comme objectif réel une inflation entre 1% et 2%. Cela signifie que, en-dessous de 1% ou au-dessus de 2%, on pourrait attendre de la BNS une action particulière pour remédier à la situation. Nous pourrions ajouter que la BNS, qui produit chaque année un rapport d’activité devant le Parlement, devrait être appelée à prendre en plus position à chaque fois que ces objectif n’est pas atteint.
Nous proposons également, p. 150, que la BNS remplisse entièrement le mandat que la Constitution fédérale lui confie, qui est certes de contrôler l’inflation, mais aussi de soutenir la croissance économique et le développement de l’emploi. Or, toutes les interventions de la BNS se sont concentrées presque exclusivement ces dernières années sur la lutte contre l’inflation (une inflation par ailleurs inexistante).
Il est évidemment difficile de faire des propositions plus directes dans la mesure où l’indépendance dont jouit la BNS me semble légitime et justifiée (c’est encore redit dans le livre pp. 75-76). Mais le but serait atteint si la BNS admettait publiquement que grande indépendance rime avec grande responsabilité envers la population et le pays tout entier. Et cette grande responsabilité ne saurait se limiter uniquement au maintien d’une inflation en dessous de 1% en moyanne annuelle.
Deux signaux pour terminer:
Un signal intéressant d’abord. Après que le livre ait été écrit, cette question a aussi été thématisée dans la campagne présidentielle française, tant par Ségolène Royal que par Nicolas Sarkozy, qui ont émis les mêmes reproches à la banque centrale européenne (BCE).
Un signal encourageant ensuite. Le président de la BNS, Jean-Pierre Roth, a tenu reécemment des propos beaucoup plus équilibrés sur ce sujet que cela n’a été le cas dans la ligne officielle de la BNS ces dernières années (cf. message ci-dessus)
Merci de votre attention.
« Soutenir le developpement de l’emploi »
Tres bien, mais toi Alain, que fais-tu concretement pour creer des emplois?
Cher Vincent,
Merci de ton message. Voici quelques éléments de réponse.
Il y a l’action politique, pragmatique: poser des conditions qui soient favorables à la création d’emplois. Mais pas de n’importe quel emploi: des emplois rémunérés correctement, assurant dignité et respect pour celles et ceux qui les occupent.
Voici juste quelques éléments sur lesquels j’ai agi directement ces quatre dernières années:
- soutien à l’innovation et aux entreprises en démarrage
- réflexion sur une politique plus active en matière de formation continue
- soutien aux corrections du nouveau certificat de salaire
- recherche de solutions facilitées pour annoncer des personnes aux assurances sociales (mesure favorable aux toutes petites entreprises, réalisée dans la loi sur le travail au noir)
- reconduction de la politique régionale (elle était menacée par les grands centres urbains, alors qu’elle a permis la création de milliers d’emploi et de plus d’un milliard d’investissements dans le canton de Fribourg)
C’est vraiment très partiel, mais je ne veux pas multiplier les exemples. Pour plus d’exhaustivité, tu peux te reporter au bilan d’activité que j’ai publié en avril 2007.
Il y a ensuite l’action d’ordre privé, hors politique, avec le pilotage d’associations et de fondations qui offrent un nombre important de places de travail dans le canton de Fribourg. Pour n’en citer qu’une, je retiens la Fondation Les Buissonnets, plus de 400 collaboratrices et collaborateurs.