Beirut, Damas, octobre 2009 

 

 

«Le rôle de la Suisse est très apprécié au Proche-Orient»

Alain Berset lors d'une conférence de presse donnée dans le cadre de sa visite à Beyrouth.
Légende photo: Alain Berset lors d'une conférence de presse donnée dans le cadre de sa visite à Beyrouth. (Keystone)

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En visite au Liban et en Syrie, le président du sénat Alain Berset a réitéré l'engagement de la Suisse en faveur du dialogue interlibanais. Il a également évoqué l'initiative sur l'interdiction des minarets avec le Grand Mufti de Syrie. Interview.

Alain Berset termine ce mercredi une visite de dix jours au Liban et en Syrie. A Beyrouth, le président du Conseil des Etats (Chambre haute) a notamment rencontré le président Michel Sleimane, le Premier ministre désigné Saad Hariri et le Premier ministre sortant Fouad Siniora.

Le rôle de la Suisse en tant que facilitateur du dialogue interlibanais a été largement évoqué dans les discussions. Le sénateur socialiste fribourgeois a également rencontré la délégation suisse qui participait aux VIe Jeux de la Francophonie. Il s'est ensuite rendu à Damas, capitale de la Syrie, d'où il a accordé un entretien téléphonique à swissinfo.ch

swissinfo.ch: Quel était le but de cette visite parlementaire au Liban et en Syrie?

Alain Berset: J'ai répondu à une invitation du président de l'assemblée nationale du Liban, Nabih Berri. J'ai profité de l'occasion pour me rendre également en Syrie, un acteur extrêmement important dans la région avec lequel la Suisse a intensifié les contacts ces dernières années.

swissinfo.ch: Quel a été le contenu des discussions menées avec vos interlocuteurs libanais?

A.B.: Le message principal portait sur le dialogue interlibanais que la Suisse a soutenu, notamment lors des rencontres au Mont-Pèlerin en 2007. J'ai dit à mes différents interlocuteurs que la Suisse était toujours disposée à contribuer, s'ils le souhaitent, à favoriser le dialogue dans un cadre différent de celui du parlement libanais. Nous avons également abordé des questions d'ordre économique et culturel.

swissinfo.ch: Trois mois après les législatives de juin, le Liban est toujours sans gouvernement. La Suisse peut-elle avoir une influence dans la résolution de cette crise?

A.B.: La formation du gouvernement libanais occupe évidemment toutes les discussions au Liban. Lors de mon entretien avec le président Michel Sleimane, il m'a fait comprendre son souhait de voir le dialogue se développer sous son égide et au Liban. Mais on peut très bien imaginer que des entretiens complémentaires se fassent ailleurs même si aucune réunion n'est pour l'heure agendée.

J'ai pu me rendre compte que le rôle joué par la Suisse est très apprécié dans la région. En tant qu'observateurs indépendants, nous pouvons manifester de la compréhension et de la disponibilité pour toutes les parties. J'ai rencontré des députés de tous les groupes politiques, y compris du Hezbollah. La Suisse peut proposer un cadre de dialogue, sans émettre de jugements sur le fond. Cette position nous donne une grande crédibilité.

swissinfo.ch: Le Liban est un pays fragmenté en différentes communautés religieuses et linguistiques. Les institutions politiques suisses peuvent-elles y servir de modèle?

A.B.: Il serait ambitieux de prétendre que la Suisse est un modèle, mais je pense que nous pouvons être une source d'inspiration et de réflexion. La question est de savoir comment faire pour assurer une représentation correcte de la population au Parlement tout en garantissant une protection des minorités. Nous sommes exactement confrontés aux mêmes réflexions en Suisse.

La création d'une deuxième chambre parlementaire, déjà mentionnée dans les accords de Taëf de 1989 (ndlr: traité interlibanais destiné à mettre fin à la guerre civile qui a ravagé le pays durant 20 ans), fait toujours débat au Liban. Ce point a d'ailleurs été au cœur de nos discussions avec le président de la République Michel Sleimane et avec le président du Parlement Nabih Berri.

Certaines craintes existent toutefois. Le Liban vit sur un équilibre très fin et par là même fragile. Des modifications importantes du système politique pourraient créer un chamboulement que certains veulent éviter.

swissinfo.ch: Vous avez rencontré la délégation suisse qui participait aux Jeux de la Francophonie. Quelle importance cet événement a-t-il eu au Liban?

A.B.: C'était réellement un événement d'envergure et très présent qui a permis au Liban de se profiler sur la scène de la francophonie. Pour moi, le Liban est clairement un pays multilingue, donc aussi francophone. J'ai pu le constater durant tout mon séjour sur place.

Ce qui me plaît dans le concept de ces Jeux de la Francophonie, c'est qu'on y retrouve encore très fortement l'idée du partage, de la fraternité et de l'échange qui animait les Jeux de l'Antiquité. L'idéal de Pierre de Coubertin y est très présent, ce qui n'est plus forcément le cas aux Jeux olympiques. Je trouve dommage que ces Jeux de la Francophonie n'aient pas bénéficié de plus d'attention en Suisse.

swissinfo.ch: Vous êtes membre à titre personnel de l'Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF). La Francophonie en tant qu'institution a-t-elle de l'influence au Proche-Orient?

A.B.: La Francophonie a un rôle de facilitateur mais elle n'a pas pour vocation de trouver une solution aux conflits du Proche-Orient. L'Organisation internationale de la francophonie (OIF) et l'APF sont des organisations d'abord tournées vers des questions d'identité, de culture et de soutien au développement de la langue française.

swissinfo.ch: La question de l'initiative visant l'interdiction des minarets en Suisse, soumise à votation au mois de novembre, a-t-elle été au menu des discussions politiques?

A.B.: Non. En revanche, j'ai rencontré le Grand Mufti de Syrie et cette question a été abordée dans le cadre du dialogue interreligieux.

C'est un homme très ouvert envers les chrétiens. J'ai essayé d'expliquer assez fidèlement les subtilités de notre système politique, qui est bien sûr très différent de celui de la Syrie. Le Grand Mufti a bien compris qu'un groupe de citoyens avait proposé un texte, que le gouvernement et le parlement y étaient fortement opposés et que c'est finalement le peuple qui décidera.

Mais il ne faut pas sous-estimer l'impact négatif pour l'image et les intérêts suisses à l'étranger d'une telle campagne.

swissinfo.ch: Avez-vous senti une hostilité particulière à l'égard de la Suisse en raison de cette votation sur les minarets?

A.B.: Je n'ai pas senti de tension particulière. Mais si le débat s'envenimait en Suisse et que des affiches de mauvais goût venaient à être diffusées, cela nuirait prioritairement aux intérêts économiques de la Suisse et à l'excellente image qu'elle véhicule dans la région. Je ne pense pas que ce soit le moment idéal pour affaiblir notre position sur le plan international.

swissinfo.ch: A-t-il été question de la crise entre la Suisse et la Libye?

A.B.: Non, à aucun moment cette question n'a été abordée. La crise entre la Suisse et la Libye n'est pas d'actualité, ni au Liban ni en Syrie.

Samuel Jaberg, swissinfo.ch